« Les hommes n’oublieront pas
éternellement leur indigence, leur douleur et leur humiliation. Ils ne seront pas indéfiniment dupés par les grands appareils d’illusion, les décors artificiels à l’abri desquels les puissants
maintiennent leur impitoyable pouvoir » Paul Nizan
« Talibans », « Bourka », « Al-Qaïda », « Barbus », « Terroristes »…voilà les premiers clichés qui viennent à l’esprit d’une personne conditionnée quand on parle de l’Afghanistan. Et pourtant !
Et pourtant l’Afghanistan source d’inspiration d’un Joseph Kessel ne ressemble pas à un tel simplisme : « De l'Amoû -Daryâ au désert du Seistân et de Hérât aux passes de Khyber, à travers les races, les tribus et les clans, on rencontre chez ce peuple, composé comme une mosaïque humaine, les mêmes traits : passion de l'indépendance, fierté, gentillesse et hospitalité. La vigueur et la noblesse des traits — ce peuple est l'un des plus beaux du monde —, l'harmonie des mouvements, la couleur des étoffes s'accordent à cette dignité instinctive de pâtre, de paysan, de montagnard, de guerrier, de nomade… Et le plus pauvre montre au visiteur qui vient de l'étranger une courtoisie, une générosité sans pareille. »[1]. Et Sayed Qassem Rishtya d’ajouter « Les événements de l’histoire ont fait que l’Afghanistan est un pays peuplé de plusieurs ethnies distinctes. Malgré leur diversité apparente, Pachtouns, Tadjiks, Ouzbekset Hazaras ont beaucoup de choses en commun et partagent une même culture dont les éléments principaux sont l’esprit d’indépendance, la notion d’égalité (absence de classe), l’hospitalité et le respect des aînés ».
En ce mois de janvier j’ai voulu écrire ce modeste post pour saluer la grandeur d’un peuple
de résistants et de poètes aujourd’hui meurtri par l’occupation et la division, et célébrer la mémoire de l’épopée Gandamak, connue aussi comme « la Première Guerre Anglo-afghane ».
C’est en janvier 1842 que les guerriers afghans du souverain Dost Mohammad Khan ont pu livrer une des plus mémorables batailles des Guerres Anglo-Afghanes et que les impérialistes britanniques de « Sa majesté » n’ont jamais pu oublier ou faire oublier[2]. Entre le 9 et le 13 janvier 1842 tous les régiments britanniques[3] assaillants composés de 16.500 soldats furent anéantis. Le seul survivant de cette folie britannique n’était autre que le fameux major Dr William Brydon.
Aujourd’hui, nous assistons indignés à une autre folie, cette fois-ci américaine, contre la nation afghane. Les américains semblent avoir appris quelques leçons de la Première Guerre Anglo-afghane ; en internationalisant les forces occupantes dites la « coalition des volontaires » afin dit-on, « de rétablir l’ordre et instaurer la démocratie » avec un « sceau légal » des Nations Unies, les américains ne font que s’approprier les garanties pour un « embourbement collectif » et « refiler le sale boulot » à leurs vassaux de l’OTAN. Un vrai esprit d’équipe, « embourbons-nous ensemble et partageons le coût de la guerre ensemble» pensaient les américains, mais est-ce « partageons le butin ensemble » ?!
En tout cas contrairement aux allégations des américains, rien n’a été reconstruit et aucune institution afghane ne peut se targuer d’être représentative du peuple afghan. Depuis son intronisation, Hamid Karzaï est terré dans son bunker de Kaboul ne dépassant pas la simple et fantoche fonction de « Maire de Kaboul », laissant les seigneurs de la guerre, seuls vrais maîtres des provinces, à leur trafique de drogue et pillages. Une économie du pavot avec la bénédiction et la protection des GI’s et de l’OTAN[4] ; on parle même d’avions militaires se chargeant de transporter la précieuse marchandise. Un kilo d’opium vaut mieux qu’un baril de pétrole ; il est aisément exportable et sans tractations ou fluctuations boursières bien entendu !
Dans la ligne de mire des occupants ce n’est pas seulement la souveraineté et donc la situation géostratégique du pays (le contrôle du pétrole de la mer Caspienne etc.) qui compte mais c’est aussi et surtout la culture islamique de l’Afghanistan qui a unifié ce pays des siècles durant. L’Afghanistan est frappé dans son identité et mémoire avant tout par une guerre impérialiste au service d’un projet de domination mondiale.
Ce n’est pas avec de l’opium, des rasoirs Gillette ou des magazines, k7 et CD pornographiques que l’Afghanistan sera reconstruit ! Ce n’est pas aussi le prosélytisme évangélique des missionnaires qui trouvent une couverture idéale et insoupçonnable dans les agences dite d' « aide humanitaire et de développement international », qui va résoudre les problèmes sociaux et infrastructurels. Car comme le précise Martin Hadlow de l'UNESCO « L'intervention internationale apporte son lot de problèmes. L'afflux d'étrangers bien payés provoque souvent une flambée insupportable des prix des produits alimentaires et des services de première nécessité, qui déstabilise l'économie du pays. Inévitablement, les agences internationales et les ONG sont appelées à recruter auprès de l'élite urbaine et éduquée, exacerbant le clivage entre nantis et défavorisés et privant d'employés qualifiés les entreprises locales. En l'absence d'une amélioration rapide et tangible des conditions de vie générales, la bienveillance à l'égard de la présence humanitaire se change vite en amertume. »
«On asservit les peuples plus facilement avec la pornographie que par des miradors.» disait Alexandre Soljenitsyne, mais c’est sous-estimer les afghans. Il suffit de rappeler à nos frères afghans leur devise «Hospitalité, Honneur, Revanche» et il y aura toujours un seul Dr Brydon qui survivra des occupants pour raconter au monde que l’Afghanistan est le pays des Titans insoumis, les enfants de Gandamak!
[1] Joseph Kessel : Le jeu du roi. Paris. Del Duca/Plon 1969.
[2] Les Britanniques la qualifient de « The disaster of the First Afghan War » et de « sorry episode »…
[3]
Voir The Battle of Kabul and the retreat to
Gandamak
[4]
Grâce à qui l’Afghanistan est devenu le premier producteur mondial d’opium. Voir Emma Bonino : Poppy power
* La première photo du photographe Reza représente une petite fille afghane de Tora Bora. Les deux autres dessins représentent une scène de la bataille de Gandamak et le retour du seul survivant le Dr Brydon à Jellalabad. © britishbattles.com 2005
chahidllive@yahoo.fr









































« Jusqu’à l’âge de onze ans, j’ai cru qu’il y avait des pauvres comme il y avait de l’herbe et des riches comme il y avait des
arbres. »
« Partout les armées ont attiré d'autant plus la guerre et les maux qui l'accompagnent, qu'elles
ont été plus redoutables : il n'en est aucune qui ait préservé son pays d'une invasion. Le vieux proverbe, si vis pacem, para bellum, était bon chez les anciens, où la force décidait tout ; il
n'est plus chez les modernes l'expression de la vérité : de grands préparatifs de guerre mènent toujours à la guerre.
Annapolis, en plus de garantir du temps aux américano-sionistes, n’est qu’une campagne malheureuse de marketing pour maquiller la
laideur de l’administration Bush et du gouvernement Olmert face à leur opinion publique.
Le post «
« Le succès
à tout prix » ! Étrange et dangereuse règle qu’inculquent les civilisations et les empires à leurs enfants. Étrange et dangereuse règle qui fait de la compétition un spectacle et
du spectacle une compétition.
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