« Aucune carte du monde n'est digne d'un regard si le pays de l'utopie n'y figure pas» Oscar Wilde
Il y’a presque 50 ans maintenant, le mot « planétarisation » était pour nos parents une source de curiosité, de crainte, de
fascination ou d’indifférence. La planétarisation semblait évoquer l’«autre» qui nous envoie depuis son pays ou son continent, sa culture, ses lumières, ses produits etc. Mais l’«autre» il y’a 50
ans était surtout pour nombre d’habitants des pays du sud, un colonisateur, un « croisé », un orientaliste, un aventurier ou un chasseur d’Eléphants etc. Les gens n’avaient pas accès
aux livres, aux bibliothèques et aux images pour savoir que cet «autre» peut être un pollen pour nos cultures, nos convictions, nos goûts, notre avenir etc.
Aujourd’hui, que pouvons nous dire, nous, enfants de ces parents frileux et douteurs de la
bonne foi de l’«autre» et de l’utilité de la planétarisation. Où sommes nous de la planétarisation ?
Un observateur neutre, un martien par exemple, comprendra que nous avons des Nations Unies,
des jeux Olympiques, un festival international pour chaque jour et pour chaque domaine... Avec nos appareils supersoniques nous avons New York, Paris ou Pékin à portée de main. La rapidité du
voyage aura été multipliée par 148 en un siècle et demi. Avec des chaînes satellitaires nous connaissons l’information de l’autre et l’information sur l’autre. Nous vivons dans un petit village
semble-t-il où l’amour et la fraternité universels sont la règle, les conflits une exception ! Notre planète est devenue un paradis pour tout le monde. Nous sommes dans l’ère de
« l’unification humaine ». Nous pouvons être un modèle pour les martiens, pour l’univers.
Mais si cet observateur martien débarque sur terre, qu’est ce qu’il va
découvrir ?
Nous avons des Nations Unies par et pour l’hypocrisie ; une organisation
« hébergée » chez un empire américain qui n’hésite pas à déclarer : « les nations unies c’est nous ! ».
Nous avons des jeux Olympiques où les pays riches et puissants viennent parader avec leurs
Goliaths devant les autres nations qui traînent des athlètes pas athlètes du tout.
L’occasion pour le même empire américain de faire défiler ses centaines d’athlètes lors de la cérémonie d’ouverture, comme quoi. Rien de la mentalité des
jeux de Berlin de 1936 n’a changé. La mentalité vantardise d’Hitler est toujours présente chez ceux qui continuent d’instrumentaliser les jeux et les athlètes pour leurs convictions darwiniennes.
Certains pays riches et puissants n’entraînent pas des athlètes, ils inventent des produits dopants indétectables et ils raflent les médailles etc.
Nous avons des festivals et des rencontres internationaux à « huis clos », où les
organisateurs refusent d’inviter des artistes et des intellectuels dignes de ce nom à cause de leur prise de position en faveur des opprimés et des victimes des multinationales. Nombre de
festivals, foires, galeries, congrès, colloques…sont financés par des multinationales et des marchands d’armes. On y parle souvent d’une religion qui s’appelle
« Marketing ».
Avec des appareils supersoniques (F16 et compagnie), les américains et les israéliens peuvent aller
bombarder des enfants de Cana et d’ailleurs ; ils peuvent non seulement dépasser la vitesse du son, mais violer le son, notre son. Face à eux, nous sommes comme les sourds de Goya qui dansaient pendant les carnages car ils n’entendaient à l'intérieur de leur grosse tête que la musique. L’ère supersonique est faite
pour les militaires et la jet-set. Les « arriérés » du subsonique doivent subir le reste.
Avec les chaînes satellitaires et l’information du
Grand rabbin Rupert Murdoch, vous pouvez imaginer la suite : « Vous êtes avec nous ou contre nous » !
Nous vivons dans un petit village où la CIA , le MOSSAD, l’inquisition, la torture et la
barbarie sont la règle, les droits de l’homme et la vie privée une exception ! Notre planète est devenue un paradis fiscal et commercial pour les multinationales. Nous sommes dans l’ère du « choc
des civilisations ».
Notre observateur martien découvrira alors une autre vision prospective de notre
avenir : un petit village où Bill Gates est un prophète ; où tout le monde est habillé avec une marque américaine ; mange une
saleté appelée McDonald’s ou Fast-food ; regarde Larry King, CNN, Fox-TV et des films du X produits par Hollywood ; écoute
Britney Spears et Paris Hilton ; lit des torchons américains ; ne pense qu’à Auschwitz et au 11 septembre et croit enfin que tous les chemins mènent à Rome.
L’unification humaine par la technique de production, de transport, de communication,
d’information…tourne aujourd’hui au cauchemar. La planétarisation et «l’ubiquité » sont du côté des industriels et des maîtres du
monde.
La planétarisation, rêve ou cauchemar ? Une question pour nos enfants qui vont venir car
pour nous il est clair : le pollen des autres est amer !
Le
Dessin est de
Mariali
Commentaires