







« Et voilà pourquoi Israël et ses acolytes, les tortionnaires américains et européens, attendent que les Palestiniens "déchiffrent avec leurs plaies" les mots SOUMISSION et CAPITULATION que la machine grave dans leur chair en lettres de sang » Aline de Diéguez


« Quand je désespère, je me souviens qu'à travers toute l'histoire, les chemins de la vérité et de l'amour ont toujours triomphé. Il y a eu des tyrans et des meurtriers, et parfois ils ont semblé
invincibles, mais à la fin, ils sont toujours tombés. Pensez toujours à cela.»
Gandhi
« They call all resistance "terrorism"» Edward W. Saïd
« Face à l'expansion guerrière d'un empire, il n'y a que deux logiques possibles : celle de la soumission et
celle du combat. L'existence même du joug de l'OTAN frappe la civilisation européenne de déshérence (…) Platon explique dans la République qu'une génération vaincue engendre nécessairement deux
générations d'aveugles, mais que la troisième se réveille non moins nécessairement»
Manuel de Diéguez
« Alors quittez
notre Terre
/ Nos rivages, notre
mer/ Notre blé, notre sel, notre blessure » Mahmoud
Darwish


«
On
peut couper les roses, mais on ne peut empêcher le printemps d’arriver »
Pablo Neruda







« D'abord
ils vous ignorent, ensuite ils vous raillent, ensuite ils vous combattent et enfin, vous gagnez. » Gandhi





« La
mémoire dans le contexte humiliant que vit le monde arabo-musulman en particulier est l’arme la plus efficace pour consolider le passé, comprendre le présent et construire le futur. »
Mahdi ELMANDJRA







Big Brother Is Watching Us
Grand
Frère
Nous
Regarde


« Je considère qu’il ne s’agit que d’une occasion de propagande, dans laquelle Israël va s’exposer comme un Etat qui a une culture, des poètes, et en cachant qu’en ce moment même il est en train d’accomplir de terribles crimes contre l’humanité. Le président Shimon Pérès lui-même, responsable du massacre à Kfar Kana (Liban) il y a dix ans, y participera. Pour moi il aurait été impossible d’aller lire mes textes à Paris ». Aaron Shabtai, Poète israélien[1].
Tahar Ben Jelloun, dit « écrivain », n’a donc pas boycotté le Salon du Livre de Paris. Il est même allé jusqu’à traiter les autres de « stupides » et parlé de « criminalité intellectuelle » etc. Je me demande d’ailleurs qui a pu souffler le mot « stupide » à tous ces soi-disant intellectuels « arabes », majoritairement maghrébins. De Tahar Ben Jelloun, à Boualem Sansal[2], sans oublier les autres[3], le même refrain revient indécemment. Et que dire des « potes » à Pierre Assouline, Abdelwahab Meddeb et Malek Chebez ou Chebel ! Je pense aussi à Soheib Bencheikh pour compléter ce formidable « Israel Big Band », pourquoi pas finalement, il nous trouvera à coup sûr un verset du Coran qui interdit le boycott d’Israël !
Ils ont choisi la « carotte », et l’empire les trouve « bons, modérés et sages », ou comme le dit le regretté Edward Saïd « Les seuls " bons " Arabes sont ceux
qui viennent à la télévision dénigrer sans aucune réserve la société et la culture arabes modernes. Je garde le souvenir de la platitude de leurs phrases, car, n’ayant rien à dire de positif sur
eux-mêmes, leur peuple ou leur langue, ils ne font que régurgiter les formules américaines fatiguées qui saturent déjà les ondes et les pages. Nous n’avons pas la démocratie, disent-ils, nous
n’avons pas assez contesté l’Islam, nous devons faire davantage pour chasser le spectre du nationalisme arabe et le credo de l’unité arabe ; ce sont des âneries idéologiques discréditées ; la
seule vérité, c’est que ce nous et nos instructeurs américains disons sur les Arabes et l’Islam (de vagues clichés orientalistes recyclés, tels ceux que répète un inlassable médiocre comme
Bernard Lewis) ; le reste n’est pas réaliste, pas pragmatique ; "nous" devons rejoindre la modernité, et la modernité c’est l’Occident, la mondialisation, le libre marché, la démocratie -quelque
sens qu’on puisse donner à ces mots (si j’avais le temps, j’écrirais un essai stylistique sur la prose de gens comme Ajami, Gerges, Makiya, Talhami, Fandy, et all., universitaires dont la langue
même sue la servilité, l’inauthenticité, la rigidité désespérément mimétique du masque qu’on a jeté sur leur visage) »[4].
Le poète arabe Muzaffar Al-Nawab, bête noire des régimes arabes, ne ménage ni chefs d’Etat ni intellectuels arabes quand il leur lance dans son célèbre poème « Jerusalem is Arab Nationalism’s Bride », mon préféré,
« Combien nous sommes sales, mais nous persévérons quand même ».
Croire qu’une telle initiative était « innocente » relève de la vraie « stupidité » intellectuelle cette fois-ci, vouloir le
faire croire aux autres relève de la criminalité intellectuelle. Célébrer l’existence d’un Etat criminel, c’est être criminel soi-même.
Etant arabe, je n’irai pas jusqu’à m’ingérer dans la liberté des écrivains étrangers d’avoir soutenu ou boycotté
ce salon sans succès il faut le dire quand même, par contre le comportement de tout « intellectuel » arabe, honnête ou malhonnête soit-il, m’intéresse inévitablement, partant de l’adage
« Dieu protège moi des miens (ou amis), mes ennemis, je m’en occupe ».
Certains « intellectuels » arabes ont assez sévi comme ça. Et comme par hasard, ils sont toujours les mêmes à se bousculer pour
saboter tout engagement militant en faveur de la Palestine ou des causes arabes en général. Mais détrompez-vous, quand la Palestine est à l’honneur quelque part, et c’est malheureusement rare,
ils sont les premiers à venir prétendre soutenir son combat pour la libération. Quand le label « Palestine » ou « arabe » est gagnant, ils sont les premiers à y associer leurs
noms. La dernière Foire internationale de livre de Riyad du 27 février a vu défiler bien des tartuffes. On ne va jamais à Riyad sans « but lucratif » devrais-je le rappeler. Et pour
Paris alors ?
Les vrais intellectuels comme Ilan
Pappé [5],
John Berger[6]
ou Aaron Shabtaï[7]
etc., ont brillé par leur prise de position remarquable et à saluer. L’historien Ilan Pappé, sous pression et intimidation sionistes,
a d’ailleurs quitté Israël pour s’installer en Angleterre[8].
C’est dire combien cet intellectuel juif s’entête à être honnête dans un monde de malhonnêtes.
Quant à Tahar Ben Jelloun, dit « marocain », « français » ou « franco-marocain » selon les vents qui soufflent, j’aimerais lui dire, Cher Monsieur au lieu de se livrer à du « sarcasme intestin » et traiter Tariq Ramadan[9]
d’« ancien conseiller de Tony Blair »[10]
, balayez d’abord devant votre porte, si votre ex-« bonne » marocaine «Fatna » ne le fait plus pour vous. Cher Monsieur, je n’aime absolument pas me vanter de quoi que ce soit,
mais là permettez moi de me vanter de n’avoir jamais lu un seul de vos « livres » ; gaspiller mon argent, ah non ! Si vous continuez à fréquenter le café Hafa à Tanger, je le boycotte à tout
jamais.
Une petite question enfin pour vous Cher Monsieur Tahar Ben Jelloun «Prix
Goncourt » ou « Kangourou » comme je l’appelais enfant, ça faisait marrer mon père qui lui aussi n’avait jamais touché à un seul de vos « livres »…, bref,
confondez-vous « boycott » et « boycotte » ? Dans le titre, le sous-titre et le développement de votre texte vous avez écrit « le boycotte »
huit fois, erreur de frappe ? C’est trop quand même. Texte écrit à la hâte ? Je suis d’accord !
Ilan Pappé dans sa lettre de boycottage pensait que les agressions génocidaires
récentes d’Israël contre la bande de Gaza devaient amener ces « intellectuels » réticents à se joindre à leurs collègues écrivains et artistes progressistes, Palestiniens et Arabes. Et
ben NON ! Judas n’est pas le premier ou le dernier lâche et traître cher Ilan Pappé.
Rosie Pinhas-Delpuech, traductrice et directrice de la collection "Lettres hébraïques" chez Actes Sud, apparemment irritée par le boycottage, avait déclaré « Les gens qui boycottent ne savent pas ce qu’ils boycottent. » !!! Tiens, tiens, et les gens qui ne boycottent pas savent-ils au moins ce qu’ils ne
boycottent pas ?!
Enfin, un petit mot sur Paris la Cité, Paris la Culture,
Paris le Livre, Paris le Foyer... Paris ressemble de plus en plus à une rose qui se fane jour après jour entre les mains des néocons et des sionistes. Quelqu’un pourrait-il arrêter cette
hémorragie ?
Une nouvelle
« génération de la liberté » peut-être ![11]
Boycotter le salon du livre est d'une bêtise rare !
C’est une catastrophe, un malheur et une malédiction qui
viennent de s’abattre sur la culture universelle : Le sultanat d’Oman, l’Arabie
Saoudite, l’Iran, le Yémen ainsi que d’autres pays arabo-musulmans boycottent
le salon du livre de Paris. Le public français n’aura donc pas l’occasion d’apprécier
les grandes œuvres littéraires produites par ces pays. Quel dommage !
Mohamed Sifaoui
Ces pays – dont les dirigeants boycottent par ailleurs la
démocratie, les droits de l’Homme, l’intelligence, le travail, l’honnêteté, le
respect de leurs administrés, le bon sens, la bonne gouvernance, etc – ont
décidé d’adopter cette attitude pour protester contre le « titre d’invité
d’honneur accordé à Israël » par les organisateurs du salon.
Pour dire – et écrire – les choses sérieusement, je pense
que le boycott de cette manifestation est tout simplement ridicule. D’autant
plus ridicule qu’il intervient dans un contexte où le dialogue, l’échange et
les rencontres doivent prévaloir sur la politique de la chaise vide prônée
d’ailleurs par les États arabes depuis des lustres. Pensent-ils sérieusement
qu’en adoptant une telle attitude, ils vont faire avancer la cause
palestinienne et amener Israël à revoir sa politique ? Ces dirigeants arabes
ont toujours préféré la posture à la politique. D’ailleurs savent-ils faire
autre chose qu’adopter des postures ?
Mohamed Sifaoui
Je ne cautionne pas la politique israélienne – et
notamment celle qui préconise exclusivement l’approche militaire pour lutter
contre les assassins barbares du Hamas et des autres groupes terroristes – mais
je pense que le terrorisme qui frappe ce pays ne diffère en rien – dans la
forme et dans le fond – à celui qui sévit en Algérie, en Égypte ou au Maroc. Le
Hamas, nourrit par cette idéologie fasciste qu’est le salafisme, soutenu par
des États islamo-fascistes comme l’Iran doit être combattu avec la plus grande
fermeté. Un pays comme le Maroc, par exemple, ne peut pas applaudir au
terrorisme version Hamas quand celui-ci sévit à Tel Aviv et combattre celui
d’Al-Qaïda dans les pays du Maghreb lorsqu’il sévit à Rabat. Les deux
terrorismes sont alimentés par la même idéologie nihiliste et visent des
objectifs similaires : destruction de l’État d’Israël pour l’un, désintégration
du Maroc (et des autres pays musulmans) en tant qu’État pour l’autre afin de
l’intégrer dans une oumma qui s’étendrait de Casablanca à Djakarta.
En étant cohérent, on ne peut pas reprocher à Israël de
lutter contre les barbares du Hamas quand on sait que tous les pays doivent
lutter contre le terrorisme islamiste. Ce qu’il faut reprocher à Israël, c’est
la méthode.
Mohamed Sifaoui
En effet, on ne lutte pas contre le Hamas – ou contre une
autre organisation terroriste – en bombardant des civils. On ne lutte pas
contre le Hamas en causant la mort de nourrissons. Et on ne lutte pas contre le
Hamas en le rendant, de facto, plus populaire et donc en le consacrant
indirectement comme le « résistant » crédible et le défenseur exclusif de la
cause palestinienne tout en affaiblissant l’Autorité de Mahmoud Abbas. La
méthode choisie par l’armée israélienne doit être condamnée parce qu’elle est
dangereuse dans le sens où elle fragilise les démocrates arabo-musulmans qui se
battent pour une solution négociée et une paix juste et durable entre
Israéliens et Palestiniens. Cette méthode doit être condamnée parce qu’elle
n’est pas digne d’un État de droit ni digne d’un État démocratique. Israël a le
droit de se défendre mais pas en usant et en abusant d’avions de chasse pour
larguer des missiles sur des zones habitées par des civils.
Mohamed Sifaoui
Le sang froid et la maîtrise de soi doivent prévaloir sur
les réactions intempestives. Lorsqu’un État se rabaisse à utiliser la loi du
talion contre une vulgaire organisation terroriste, il prend le risque de
bafouer ses propres valeurs et de légitimer l’action des assassins. Les
Israéliens sont conscients mais se laissent entraîner quand même dans ce piège
tendu par le Hamas dont les membres, nous le savons, se cachent lâchement parmi
les civils pour justement pousser Israël à commettre l’irréparable et frapper
sans distinction civils et terroristes. Le bombardement acharné ne sert pas le
processus de paix, n’affaiblit pas les terroristes mais sanctionne lourdement
des populations civils qui, en plus des privations dues à l’embargo et des
vexations quotidiennes au niveau des cheek point, doivent subir le sang et les
larmes. Israël n’a pas compris qu’elle facilite ainsi l’action des sergents
recruteurs du Hamas et, au-delà, celle des idéologues de l’islamisme
internationale. Des rencontres lors du salon du livre auraient permis de
débattre avec les intellectuels israéliens de ces questions.
Mohamed Sifaoui
Je trouve que la décision des pays arabes est tout
simplement lâche et certainement improductive. J’aurais en effet préféré que
ces pays donnent l’occasion à leurs intellectuels et à leurs écrivains de débattre
avec leurs confrères israéliens, de les rencontrer et d’échanger, y compris de
polémiquer – pourquoi pas – avec eux.
Mais au final, je finis par croire qu’en réalité les
dirigeants arabo-musulmans n’ont aucun intérêt à voir le conflit israélo-palestinien
se résoudre. Le faire perdurer sert – quoi qu’on en dise – leurs intérêts
étroits et occupent leurs sociétés. En utilisant ce conflit comme abcès de
fixation, ils s’assurent au moins que ces dernières n’auront pas l’esprit
suffisamment libre pour revendiquer une meilleure gouvernance.
Mohamed Sifaoui
QU'EST-CE
QUE L'ANTISEMITISME ARABE ?
Par Menahem Milson, professeur émérite de l'université de Jérusalem et
conseiller au MEMRI.
La résurgence de
l'antisémitisme ces dernières années, en France comme ailleurs en Europe, a
permis de comprendre que l'antisémitisme, que l'on croyait en déclin depuis la
fin de la Deuxième guerre mondiale, menace une fois de plus les Juifs. Cet
antisémitisme récent comporte, toutefois, deux spécificités : (a) les positions
anti-juives sont présentées comme une juste réaction à la conduite d'Israël dans
le conflit qui l'oppose aux Palestiniens ; (b) ce sont les médias arabes qui
génèrent la majeure partie de la propagande anti-juive. Voilà qui pose le
problème de la particularité de l'antisémitisme arabe, qui se distingue des
attitudes musulmanes à l'égard des Juifs et du judaïsme antérieures à l'ère
moderne. Ces deux caractéristiques, qui interagissent l'une sur l'autre de
diverses façons, sont toutefois nées dans des contextes historiques totalement
différents et doivent donc être considérées séparément.
Il est en effet
malheureux que le statut des Juifs - considérés comme une minorité tolérée dans
le monde musulman avant l'avènement du sionisme, soit devenu, pour les Juifs
comme pour les Arabes, un argument essentiel de ralliement de l'opinion publique
à leurs positions respectives. Le profane se sent souvent perdu face aux
arguments des uns et des autres. D'un côté, il entend dire que les Juifs (et les
chrétiens) bénéficient du statut de minorité protégée sous l'islam et que les
Juifs de l'Espagne musulmane ont connu un Age d'or de paix et de prospérité. De
l'autre, il entend dire que les Juifs et les chrétiens ne sont pas égaux aux
musulmans face à la loi et n'ont jamais été plus que des citoyens de seconde
classe. Ces versions contradictoires ont été replacées dans leur contexte par la
plume équilibrée de Bernard Lewis : "Même à son sommet, l'islam médiéval
était assez différent de l'image qu'en donne Disraeli et d'autres écrivains
romantiques. L'Age d'or de l'égalité des droits est un mythe, et la croyance en
l'existence d'un tel Age d'or est le résultat, plutôt que la cause, de la
sympathie des Juifs pour l'islam. Ce mythe a été créé par les Juifs d'Europe au
19ème siècle comme un reproche fait aux chrétiens – puis repris à notre époque
par les musulmans comme un reproche aux Juifs".
Comme la plupart des
mythes puissants, cette histoire contient un élément de vérité historique. Si la
tolérance signifie l'absence de persécution, alors on peut en effet dire que la
société islamique classique était tolérante à l'égard de ses sujets juifs et
chrétiens – plus tolérante peut-être en Espagne qu'à l'Est, et dans ces deux
régions, incomparablement plus tolérante que le christianisme médiéval. Mais si
la tolérance signifie l'absence de discrimination, l'islam n'a jamais été, ni
prétendu être tolérant, insistant au contraire sur la supériorité du véritable
croyant dans ce monde et dans le monde à venir. (1)
L'analyse suivante se
limite au sujet de l'antisémitisme arabe comme phénomène médiatique contemporain
; nous évitons délibérément d'aborder le sujet de l'attitude des musulmans à
l'égard des Juifs et du judaïsme avant l'ère moderne. Cela ne signifie toutefois
pas que je sous-estime les effets d'une tradition vieille de plusieurs centaines
d'années : comme on peut s'y attendre, les stéréotypes du Juif hérités de
l'islam médiéval alimentent la réaction arabe au sionisme et à
Israël.
Pour illustrer ce point,
voici le témoignage d'un témoin des plus fiables : le grand historien du 14ème
siècle Ibn Khaldun. Dans l'un des chapitres les moins
bien connus de sa célèbre Muqaddima ("Introduction à l'étude de l'histoire"), portant sur les principes de
l'éducation, Ibn Khaldun met en garde ses lecteurs
contre une discipline trop sévère et le recours au châtiment corporel des
enfants, susceptibles, selon lui, de provoquer des dégâts moraux : "Une
éducation sévère brise l'esprit des jeunes ; elle supprime la vertu et engendre
des traits de caractères négatifs tels que la propension au mensonge et la
fourberie (khubth)." "L'effet nuisible des
restrictions sévères et de l'oppression," soutient Ibn Khaldun, "est visible non seulement sur les individus,
mais aussi sur les groupes. Cela," affirme-t-il, apparaît clairement chez
les Juifs, qui sont "connus partout pour leur bassesse et leur
fourberie." (2)
Ce dernier commentaire
nous en apprend beaucoup sur l'image des Juifs dans l'islam médiéval, d'autant
plus qu'il est rapporté par Ibn Khaldun pour illustrer
un sujet extérieur à la question juive: dans ce chapitre, Ibn Khaldun ne cherche pas à informer ses lecteurs sur les Juifs
; il se contente de rapporter ce qui est considéré comme un fait bien connu.
C'est précisément parce qu'Ibn Khaldun ne doute
aucunement du fait qu'en tout lieu, les Juifs soient considérés comme vils et
fourbes, qu'il peut aisément se servir de leur image pour illustrer son
propos.
Cela me rappelle une
anecdote personnelle : en juin 1979, je me trouvais au Caire, à l'occasion d'une
visite toute particulière, puisque j'avais été invité par le président Sadate
[ndlr : le professeur et colonel Milson fut l'aide de camp de Sadate lors de sa visite en
Israël]. J'étais descendu à l'hôtel Shepheard; or
personne à l'hôtel ne savait que j'étais israélien, hormis bien sûr le directeur
de l'hôtel et les standardistes, pour des raisons évidentes.
Au petit déjeuner, une
hôtesse me demanda d'où je venais ; je lui répondis "d'Israël". Mais elle ne
voulut pas me croire, affirmant : "Non, vous vous payez ma tête, vous êtes
jordanien" Elle imagina aussi que je pouvais être libanais ou libyen, mais
ne parvenait pas à croire que je puisse être israélien. Elle expliqua : "Je
connais les Israéliens ; nous avons reçu un grand nombre d'Israéliens. Je sais
reconnaître les Israéliens" . Cela m'intrigua. Je lui demandai : "Et à quoi les
reconnaissez-vous ?" "Eh bien, dit-elle, ils ont un regard fourbe
typique". Cette remarque me frappa: cette hôtesse, décrivant les Israéliens,
employait précisément le terme "fourbe", adjectif qui avait été employé six
siècles plus tôt par Ibn Khaldun pour qualifier les
Juifs.
Je voudrais souligner que mon intention n'est pas ici de faire d'Ibn Khaldun un anti-Juif. Il ne l'était certainement pas : quand il évoque les Juifs dans sa Muqaddima (ou dans ses autres ouvrages), comme il le fait de temps à autres pour dresser des comparaisons historiques, il en parle de façon parfaitement objective, sans manifester le moindre antagonisme. S'agissant de l'exemple cité plus haut, on y discerne d'ailleurs une touche de compassion pour les Juifs "opprimés". Je n'ai pas non plus l'intention d'accuser d'antisémitisme l'amicale hôtesse égyptienne. Le seul but de ces exemples est de montrer que les stéréotypes ont la vie dure.
L'antisémitisme
contemporain dans les médias arabes
On entend souvent dire
que, dans les pays où les médias sont contrôlés par l'Etat, le public tend à
développer une saine résistance vis-à-vis de la ligne du parti et à cultiver ses
sympathies et ses antipathies indépendamment des médias. Doit-on en conclure que
dans les pays arabes, le public, habitué à se méfier des médias officiels, ne
tiendrait pas compte des propos antisémites servis par les médias, les reléguant
au rang de "propagande officielle (et donc mensongère)" ? Il n'en est rien.
L'attitude de l'hôtesse égyptienne de l'hôtel Shepheard au Caire révèle la résistance, par-delà les
frontières, de préjugés vieux de centaines d'années, lesquels facilitent
l'adoption des images négatives des Juifs et des Israéliens diffusées par les
médias.
L'antisémitisme arabe en
tant que phénomène idéologique et politique moderne, relayé par les médias,
correspond à l'émergence du sionisme et à la naissance de l'Etat souverain
d'Israël. La date de parution des publications antisémites en arabe le montre
bien : le premier roman arabe aux thèmes clairement antisémites date de 1921 ;
en
Pourquoi ce
refus de reconnaître l'existence d'un antisémitisme proprement arabe
?
Au vu de la quantité de
références antisémites contenues dans les publications arabes de toutes sortes
du siècle dernier, on ne peut que constater, avec une certaine perplexité, que
les universitaires juifs et israéliens les ont tout bonnement ignorées.
Il existe toutefois
quelques exceptions (en Israël et ailleurs) : La position arabe dans le
conflit israélo-arabe (paru en hébreu en 1968), de Yeoshafat Harkabi, demeure,
jusqu'à ce jour, un ouvrage de référence sur le sujet. (3) Harkabi n'a pas hésité à qualifier le phénomène
d'antisémitisme. A suivi, en 1971, un article de Bernard Lewis intitulé "Sémites
et antisémites" suivi de travaux supplémentaires du même auteur. Rivka Yadlin, Norman Stillman, Bat Yeor et Ron Nettler ont aussi abordé le
sujet. Mais ils sont restés des exceptions: l'écrasante majorité des
spécialistes du Moyen-Orient, en Israël et ailleurs, ont évité le sujet.
J'ai tenté de donner une
explication à ce surprenant phénomène: des facteurs psychologiques se mêlent ici
aux facteurs politiques et idéologiques. Nous devons garder en mémoire le fait
que toute l'entreprise sioniste avait pour but de résoudre le problème de
l'antisémitisme. Ainsi, la découverte que la haine à laquelle nous croyions
avoir échappé en quittant l'Europe était endémique au Moyen-Orient est un fait que beaucoup ont préféré ignorer ou
nier.
Il existe peut-être une
autre motivation, plus politique, derrière le refus d'admettre l'existence d'un
antisémitisme arabe: la crainte que la révélation de ce sentiment antisémite
chez les Arabes ne renforce l'intransigeance
politique en Israël et fasse le jeu des groupes politiques opposés à tout
compromis territorial. Il faut reconnaître que cette crainte n'est
pas sans fondement.
Toutefois, ceux qui,
comme moi, sont favorables à une politique israélienne allant dans le sens de
deux Etats, doivent bien admettre que fermer les yeux sur l'antisémitisme arabe
n'est pas seulement une faute intellectuelle; c'est aussi contre-productif sur le plan
politique. Nous ne pouvons pas nous permettre d'ignorer
l'antisémitisme arabe ; nous nous devons même de l'examiner de près. Il est
désolant de constater que l'antisémitisme arabe est devenu, depuis la fin des
années 1930, la plus dangereuse forme de haine des Juifs, où que ces derniers se
trouvent. Cela est notamment dû à la coopération
qui existe entre Arabes antisémites et leurs homologues
occidentaux.
Qu'est-ce
que l'antisémitisme arabe ?
La définition la plus
évidente serait : un sentiment arabe anti-juif, s'exprimant en arabe à
l'attention du public arabe. Force est de constater que les antisémites arabes
s'adressent toutefois fréquemment aux publics étrangers pour gagner leur
soutien.
Quelles sont
les caractéristiques de l'antisémitisme arabe ?
Les conclusions
suivantes ont été formées sur la base d'une veille médiatique de grande
envergure réalisée par le MEMRI, portant sur la presse, des publications arabes,
des émissions télévisées, des sermons du vendredi, des ouvrages et des sites
Internet.
La propagande arabe
anti-juive semble comprendre trois composantes majeures :
a – des opinions
anti-juives dérivées de sources islamiques traditionnelles
b – des stéréotypes
antisémites, des images et des accusations d'origine européenne et
chrétienne
c – Une attitude
négationniste, et l'équation de sionisme avec nazisme (également d'origine
occidentale, mais son rôle de pivot requiert une attention
particulière).
La
composante islamique
Des singes
et des porcs
Une insulte extrêmement
courante adressée aux Juifs, non seulement dans les sermons du vendredi, mais
aussi dans les articles politiques, consiste à les qualifier de singes et de
porcs, ou de descendants de ces animaux. Cette référence injurieuse se base sur
un nombre de versets coraniques selon lesquels certains Juifs auraient été
transformés en singes et en porcs par Dieu, pour les punir d'avoir enfreint le
shabbat. (4)
Cette injure ne devrait
pas être écartée comme une vulgaire insulte, et la croyance selon laquelle les
Juifs ont été métamorphosés en singes, en porcs et en d'autres créatures ne
devrait pas plus être considérée comme une simple croyance primitive propre à la
pensée magique. Le fait de faire allusion de façon récurrente aux Juifs comme à
des bêtes méprisables les déshumanise et justifie
leur élimination. Voici quelques exemples de l'utilisation de cette
injure dans différents contextes.
- Le cheikh saoudien
Abd El-Rahman Al-Sudayyis, imam et prédicateur à la mosquée Al-Haram, c'est-à-dire à la mosquée de la Kaaba à la Mecque,
Premier lieu saint du monde musulman, a déclaré dans un sermon : "Lisez
l'histoire et vous comprendrez que les Juifs d'hier sont les ancêtres
malfaisants des Juifs d'aujourd'hui, une descendance malfaisante composée
d'infidèles qui déforment les paroles (de Dieu), d'adorateurs du veau,
d'assassins des prophètes, de négateurs des prophéties… Le rebut de l'espèce
humaine, qu'Allah a maudit et 'dont il a fait des singes et des porcs...' Ainsi
sont les Juifs, un continuum d'escroqueries, d'entêtement, de permissivité, de
mal et de corruption…" (5)
- Cette image a pénétré
la conscience collective, y compris celle des enfants. En mai 2002, Iqraa, la chaîne satellite saoudienne qui, selon son
site Internet, s'efforce d' "éclairer les aspects de la culture islamique qui
suscitent l'admiration… afin de mettre en avant la véritable image de l'islam -
fait de tolérance, et de réfuter les accusations dirigées contre l'islam", a
interviewé une "vraie petite musulmane" âgée de trois ans et demi au sujet des
Juifs, dans l'émission Magazine féminin musulman. L'animatrice a demandé
à la fillette si elle aimait les Juifs. Celle-ci a répondu : "Non." A la
question "pourquoi ?", la fillette répond que les Juifs sont des "singes et des
porcs". "Qui a dit cela?", demande la présentatrice. "Notre Dieu", répond la
fillette. "Où l'a-t-il dit ?" reprend la présentatrice. "Dans le Coran." A la
fin de l'entretien, la présentatrice conclut avec satisfaction : "Des parents
ne pourraient pas souhaiter qu'Allah leur accorde plus croyante petite fille (…)
Qu'Allah la bénisse, ainsi que son père et sa mère." (6)
- Salim Azzouz, chroniqueur pour le quotidien égyptien d'opposition
Al-Azzouz, affilié au parti libéral religieux,
a ainsi commenté le retrait israélien du Liban en mai 2000 : "Ils se sont
enfuis avec seulement la peau sur le dos, comme des porcs. Et pourquoi dire
'comme', quand ce sont effectivement des porcs et des singes?"
La promesse
des pierres et des arbres – Wa'd al-hajar wa-'l-shajar
Un autre thème
traditionnel anti-juif très populaire est celui de "la promesse de la pierre et
de l'arbre". Une tradition prophétique (hadith) souvent citée affirme que
peu avant le Jour du Jugement, les musulmans se
battront contre les Juifs et les tueront. Les Juifs se réfugieront
derrière des pierres et des arbres, mais ces derniers s'exclameront : "Ô
musulman, ô serviteur d'Allah, un Juif se cache derrière moi. Viens le tuer
!" Tout récemment, un prédicateur de la plus grande mosquée de Bagdad a cité
un hadith à la télévision en brandissant son épée. Son cri "Nous leur
couperons la tête !" a mis en transe le public, composé de centaines de
personnes.
Eléments
occidentaux
L'antisémitisme arabe a
adopté tous les mythes antisémites européens, y compris ceux que les antisémites
occidentaux ont écartés comme étant trop primitifs. Les exemples le plus
évidents sont : l'accusation de crime rituel, le Protocole des Sages de Sion, et
l'accusation – assez étrange de la part de musulmans – selon laquelle les Juifs
auraient tué Jésus.
L'accusation
de crime rituel
Cette accusation est
encore très courante aujourd'hui dans le monde arabe et musulman, jusque dans
les journaux gouvernementaux à grand tirage. Certains écrivains rabâchent et
recyclent ces accusations bien connues, leur donnant un tour nouveau, comme à
celle concernant la festivité juive de Pourim, qui prétend que les Juifs
incorporent du sang humain à leurs gâteaux traditionnels. Ces accusations de
crimes rituels contenues dans les médias arabes se rencontrent essentiellement
dans le contexte de la critique des actions d'Israël contre les Palestiniens.
L'une d'elle a incité la Cour suprême de Paris à assigner à comparaître Ibrahim
Nafie, directeur du quotidien égyptien Al-Ahram. Nafie a été
accusé d'incitation à l'antisémitisme et de violence raciste pour avoir autorisé
la publication d'un article intitulé "La matza juive
est faite de sang arabe", paru dans le numéro d'Al-Ahram du 28 octobre
Le Protocole
des Sages de Sion
Depuis 1927, année de la
traduction du Protocole des Sages de Sion en arabe, l'ouvrage a
fréquemment servi de référence au discours anti-juif dans le monde arabe, pour
appuyer l'hypothèse d'un "complot juif pour contrôler le monde". Dans le monde
arabe, nombreux sont les façonneurs d'opinion qui citent ce faux pour montrer
comment le prétendu projet juif visant à contrôler le monde, transcrit dans le
Protocole, est mis à exécution. Les Juifs sont accusés de recourir à des
méthodes sournoises pour atteindre leur but : contrôler l'économie et les
médias, corrompre les mœurs et encourager le conflit national et international.
Fin
Il est intéressant de
noter que les producteurs d'Al-Shatat,
conscients du tollé général provoqué par la diffusion de Cavalier sans
monture, ont pris la peine de diffuser un démenti au début de chaque
épisode, affirmant que la série ne se basait pas sur le fameux Protocole des
Sages de Sion mais sur des faits et des recherches historiques, y compris
des écrits de Juifs et d'Israéliens.
Quand le
Protocole est mentionné dans les médias arabes, il n'est jamais remis en
question. De nombreux écrivains arabes sont bien sûr conscients du fait que le
Protocole est un faux. Néanmoins, cela ne les empêche généralement pas se
servir du Protocole parce que, disent-ils, "peu importe qu'ils rapporte
des faits ou relève de la fiction : leurs 'prédictions' se sont en grande partie
réalisées."
Voici, à titre
d'exemple, un extrait d'article du journaliste libanais Ghassan Tueni : "Si nous ne
savions pas que le Protocole des Sages de Sion avait été fabriqué par les
services de renseignement russes au 19ème siècle (…), nous dirions que les
événements actuels correspondent très exactement au projet juif mondial, vu la
grande similitude qui existe entre [les événements actuels] et ce qui est
attribué, à tort, [aux Juifs]. [Je fais allusion] au complot visant à contrôler
le monde et à en piller les richesses, aux actions [des Juifs] partout dans le
monde et au statut financier, politique et militaire [des Juifs à travers le
monde]. Cela s'ajoute à leurs efforts pour détruire tout ce que les autres
considèrent comme sacré."(9)
Comme mentionné plus haut, il existe quelques notables exceptions, dont des personnalités renommées, qui ont ouvertement dénoncé Le Protocole comme étant un faux. On compte parmi elles le philosophe syrien Dr Sadeq Jalal al-Azm, le conseiller du président Moubarak Oussama El-Baz et le Dr Abdel Wahhab Al-Massiri, une référence en Egypte en matière d'histoire juive et l'auteur d'une encyclopédie du judaïsme en langue arabe.
Les Juifs
ont tué Jésus
L'ancienne accusation chrétienne selon laquelle les Juifs auraient tué Jésus s'est banalisée dans le discours arabe antisémite. Un exemple : le conseiller d'Arafat, Bassam Abou Sharif, fait allusion, dans le quotidien saoudien Al-Sharq Al-Awsat, basé à Londres, à la statue de la Vierge Marie endommagée par les tirs israéliens au cours du siège de l'Eglise de la Nativité à Bethlehem, dans les termes suivants : "Le triste sourire de la Vierge Marie qui sert de bouclier à son fils le Messie n'a pas empêché les soldats de l'occupation israélienne de pointer leurs armes sur l'ange palestinien [Jésus] et d'assassiner le sourire [de la Vierge] (…) afin d'éliminer ce qu'ils n'ont pas réussi à tuer en 2000 ans. A Bethlehem, un nouveau crime a été commis. Ce fut, bien sûr, une tentative ratée pour éradiquer la paix, l'amour et la tolérance, à l'instar de leurs ancêtres qui ont essayé d’assassiner le message
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