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« Et voilà pourquoi Israël et ses acolytes, les tortionnaires américains et européens, attendent que les Palestiniens "déchiffrent avec leurs plaies" les mots SOUMISSION et CAPITULATION que la machine grave dans leur chair en lettres de sang » Aline de Diéguez
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« Quand je désespère, je me souviens qu'à travers toute l'histoire, les chemins de la vérité et de l'amour ont toujours triomphé. Il y a eu des tyrans et des meurtriers, et parfois ils ont semblé invincibles, mais à la fin, ils sont toujours tombés. Pensez toujours à cela.» Gandhi
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 « They call all resistance "terrorism"» Edward W. Saïd
pal31.jpg« Face à l'expansion guerrière d'un empire, il n'y a que deux logiques possibles : celle de la soumission et celle du combat. L'existence même du joug de l'OTAN frappe la civilisation européenne de déshérence (…) Platon explique dans la République qu'une génération vaincue engendre nécessairement deux générations d'aveugles, mais que la troisième se réveille non moins nécessairement» Manuel de Diéguez
 
65602261-1.jpg« Alors quittez notre Terre / Nos rivages, notre mer/ Notre blé, notre sel, notre blessure » Mahmoud Darwish
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boyvstank-1.jpg«
On peut couper les roses, mais on ne peut empêcher le printemps d’arriver » Pablo Neruda
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image001-copie-1.gifpalgrandp_re-1.jpg« La mémoire dans le contexte humiliant que vit le monde arabo-musulman en particulier est l’arme la plus efficace pour consolider le passé, comprendre le présent et construire le futur. » Mahdi ELMANDJRA
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Big Brother Is Watching Us  

Grand Frère Nous Regarde



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« Prévenir la trahison, débusquer le faux ami, le jaloux parent, le traître avant qu'il inocule son venin est une opération aussi complexe que de nettoyer l'anus d'une hyène. » Ahmadou Kourouma 
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Jeudi 3 juillet 2008

    Après Edward Saïd, le Cancer emporte encore une fois un grand intellectuel arabe.  
 
  
   Abdelwahab Elmessiri s’est éteint hier au Caire
   à  l’âge de 70 ans, laissant derrière lui une vie et une œuvre des plus remarquables au service des causes les plus nobles dont la cause palestinienne.

    Son œuvre majeure est une Encyclopédie sur le judaïsme et le sionisme.[1]

    Abdelwahab Elmessiri est l’un des fondateurs du Mouvement d’opposition égyptien « Kifaya »[2] 

     Mes condoléances à sa famille, aux braves égyptiens qui luttent contre la dictature de Moubarak, aux palestiniens qui l’aiment tant, au monde arabe et au monde musulman.


 

إنا لله وإنا اليه راجعون

[1] Lire Sahar El-Bahr : « Abdel-Wahab Elmessiri: A historical prerogative »
[2] Voir son site et son dernier entretien sur la chaîne Al-Jazeera en commémoration de la Nakba, où il parle entre autres de l’avenir et de la disparition inéluctable d’Israël.

par Chahid publié dans : Penseurs
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Vendredi 1 décembre 2006

L

 

 

 

 

 

e philosophe Manuel de Diéguez vient de publier sur son site quatre textes d’une très grande importance par rapport aux derniers événements qui ensanglantent le Proche Orient. Il s’agit d’une analyse juridique,  psychologique et anthropologique des conséquences sur la civilisation mondiale de l’installation d’Israël en terre palestinienne et de l’utilisation de la torture par l’axe israélo-américain.

 

 

I - Le Conflit Israélo-palestinien et la complicité européenne dans la légitimation internationale de la torture

 II - Aux sources anthropologiques de l'histoire

 III - L'observatoire de l'encéphale schizoïde de l'espèce

 IV - Les " systèmes de la liberté "

  

par Chahid publié dans : Penseurs
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Vendredi 22 septembre 2006

  

     « Je veux que les cultures de toutes les terres soufflent à proximité de ma maison, aussi librement que possible ; mais je refuse d’être renversé par le souffle de l’une quelconque d’entre elles ». Mahatma Gandhi cité par Le Professeur Mahdi ELMANDJRA.

 

    Le professeur Mahdi ELMANDJRA[1] vient de publier son dernier ouvrage intitulé « Valeur des Valeurs »[2]. Pour ceux qui ne connaissent pas Mahdi ELMANDJRA, et je parle surtout de nos amis étrangers, j’aimerais dire en une phrase : il est l’homme qui a su rester au-dessus de la mêlée. Il n’a jamais demandé à avoir sa part du gâteau comme font bon nombre de nos soi-disant intellectuels et universitaires. Personne n’a pu instrumentaliser, récupérer ou manipuler ce grand homme. Dès lors il est sans contestation l’intellectuel le plus respecté de notre génération. En plus d’être un homme de science, un futurologue, il est aussi le doyen des universitaires marocains. Le premier professeur marocain du Maroc indépendant.

   De ssi Mahdi ELMANDJRA, nous avons appris la philosophie du « NON » de Gaston Bachelard et l’humanisme et la non violence du Mahatma Gandhi.

  Ses prises de position et sa franchise l’exposent souvent à une censure honteuse et condamnable. On censure le grand homme et on laisse les nains semeurs de sottises faire leur défilé. Pour ssi Mahdi ELMANDJRA, j’aimerais tout simplement citer André Gide : « Le monde ne sera sauvé, s’il peut l’être, que par des insoumis ». Restez « insoumis » ssi Mahdi ELMANDJRA, avec votre « NON » vous êtes un exemple, une référence, une valeur, une mémoire.  

    J’ai choisi quelques paragraphes de l’avant-propos de l’ouvrage pour vous le présenter fidèlement. Bonne lecture.

    « Le commerce des idées et le monde de la créativité ne se négocient pas à la manière des accords du « libre échange », et ne se prêtent pas aux règles qui régissent les produits agricoles ou industriels. On n’occupe pas le champ culturel comme on occupe un champ de bataille. Tout ce que l’on réussit c’est exacerber d’un côté l’ethnocentrisme et l’arrogance culturelle caractérisant l’attitude d’un grand nombre de pays occidentaux, et accentuer d’un autre côté la résistance de la majorité des peuples aux agressions culturelles.

   « (…) je crois en l’universel- celui qui est le produit de l’intersection des diversités, celui dont l’algorithme est basé sur la justice et l’équité appliquées sans discrimination de race, de religion, de sexe ou de revenu. Je crois en l’universel du beau et de l’amour tels qu’on les ressent individuellement. Je crois en l’universalité de la créativité et de l’innovation dans leur cours.

   « (…) lorsque je parlais de « guerre civilisationnelle » dès 1991, c’était à titre préventif pour dire qu’il fallait accorder une importance aux valeurs car elles seront de plus en plus la cause principale des conflits à venir et que la seule solution pour garantir la paix était d’améliorer la communication culturelle. Cette même année je créais le Fonds de la Communication Culturelle Nord-Sud qui attribue un prix annuel financé avec mes droits d’auteur.

  « Huntington qui reconnaît dans le chapitre 10 de son livre « Le Choc des Civilisations » que j’étais le premier à utiliser le terme « guerre civilisationnelle », emprunte une démarche prescriptive. Il ne se limite pas à reconnaître le rôle des valeurs culturelles dans les prochains conflits, il identifie les régions dont les valeurs entreraient en conflit avec les valeurs judéo-chrétiennes et qui représentent, à ses yeux, un danger à l’avenir.

    « Cet ouvrage est composé de trois parties. Une première qui traite principalement des valeurs et de la société ; une seconde qui insiste sur le rapport entre les valeurs et la créativité ; la dernière souligne la place de la mémoire en tant que valeur qui rejette l’amnésie et est un témoignage d’estime à des personnes dont l’amitié, la sincérité, le sens du partage et les talents m’ont grandement enrichis. La mémoire : une valeur qui donne au temps son harmonie entre un passé qui se renouvelle, un présent éphémère et un avenir éternellement ouvert. On ne « tourne pas les pages » on les relit régulièrement.

   « La mémoire dans le contexte humiliant que vit le monde arabo-musulman en particulier est l’arme la plus efficace pour consolider le passé, comprendre le présent et construire le futur. On peut détruire les infrastructures matérielles mais on ne détruit pas la mémoire d’un peuple comme le savent ceux qui aujourd’hui, en Israël, procèdent à des éliminations ethniques. Le monde musulman a déjà perdu près de douze millions d’âmes depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, au cours de conflits provoqués, menés par proxy et gérer par des forces de « coalition » au nom d’un impérialisme agonisant. Le jour où les pays musulmans commenceront à se doter d’une banque de données de toutes les victimes de ces conflits, ils pourront parler alors de la mémoire en tant que valeur de survie.

   « (…) ces lignes sont écrites sur le vif d’une impitoyable « guerre des valeurs » qui n’est que le prolongement sauvage, obsessionnel et sans merci de « la première guerre civilistionnelle ». Sans doute l’avenir de l’humanité dépendra-t-il du prix accordé à la vie humaine sans discrimination aucune et du respect mutuel des valeurs qui sont le gène de la survie dans la dignité. D’où la « Valeur des Valeurs »

« Demain, ils sauront qui est le grand menteur, l’insolent ». (Sourate 54, verset 26)

 Mahdi ELMANDJRA  Rabat, 21 Juillet 2006

P.S : Le lien du post sur le site du Professeur Mahdi Elmandjra :


[2] Mahdi ELMANDJRA : Valeur des Valeurs. Imprimerie Najah El Jadida- CASABLANCA. 270 P. 40 DH. 

par Chahid publié dans : Penseurs
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Jeudi 22 juin 2006

« Et voici que, face à la tyrannie d'un empire de l’iniquité, la planète entière pose aux consciences et aux intelligences vassalisées la même question que la Grèce de l'Etat de droit, celle de la synergie entre la politique et la justice. Ferez-vous de la réflexion politique sur l'esprit de justice la clé de la résurrection intellectuelle de l'Europe de demain ? »   Manuel de Diéguez

 

 

    Le philosophe adresse des Lettres ouvertes à Mme Ségolène Royal sur la vassalisation de l'Europe par l'empire américain.

 

    Dans cet article et les autres réflexions du  philosophe Manuel de Diéguez, le  penseur qui aime les échecs nous rappelle que l’Europe que nous respectons et admirons, celle de la renaissance intellectuelle et politique, existe toujours.

 

                                                            Première lettre

   Où il est démontré qu'un continent placé sous le protectorat militaire de l'étranger n'est pas souverain ; que l'étude des peuples en cage est l'avenir de la science zoologique que le XXIe siècle illustrera la postérité simianthropologique de Darwin et de Freud.

 

                                                           Deuxième lettre

   Où il est démontré qu'un Président de la République est né pour parler de la France aux Français ; qu'il est responsable de l'esprit et de l'âme de ses collaborateurs ; qu'une pensée politique tombée en léthargie a besoin de l'électrochoc d'une seconde Renaissance ; que toute renaissance est une révolution de la liberté ; que toute révolution de la liberté passe par une résurrection de l'intelligence.

                                                     Troisième lettre

 

 

                                                       Quatrième lettre

   Où il est démontré que l'Occident est à la veille d'une seconde renaissance de l'intelligence ; que cette Renaissance est liée à une connaissance nouvelle de la politique et de l'Etat ; qu'un Président de la République qui n'en saurait rien ressemblerait à un François 1er plongé dans la lecture de saint Thomas d'Acquin.

                                                      Cinquième lettre

   Où la simianthropologie s'interroge sur la capacité des démocraties de former les chefs d'Etat du XXIe siècle ; où l'ENA et la rue Saint Guillaume sont soumis à un scannage du cerveau des cardinaux de la République ; où la question des relations que les Tables de la loi de 1789 entretiennent avec le clergé d'Etat soulève la question du statut anthropologique des ecclésiocraties au sein des démocraties; où la balance à peser l'exécutif et le législatif commence de présenter ses plateaux.

Sixième lettre

   Où la stature des chefs d'Etat est mise à l'épreuve de la souveraineté de leur nation; où l'audace de conquérir la dignité d'une civilisation entière pose à nouveau la question du génie masculin et du génie féminin dans l'ordre politique.

Septième lettre

   Où il est démontré que le suffrage universel peut prendre un peuple au piège de sa liberté et l'asservir à des constitutions étrangères au droit international; que la volonté populaire égarée par des dirigeants corrompus et achetés en sous-main par l'étranger met les Républiques à la portée des démagogues d'un suffrage universel falsifié, mais dont l'onction les élève à la magistrature suprême ; qu'une initiation des citoyens à la politique des empires est possible, quoique l'exemple de l'Athènes de Périclès ait démontré le contraire ; qu'il convient de renvoyer le lecteur à Platon, qui a traité de ce problème tout au long.

 

 

 Huitième lettre

   Où il est démontré que le cerveau simiohumain est la proie de gigantesques sortilèges collectifs et que la politique fantasmagorique du Moyen-Age est de retour.

 

                                                                          Dixième lettre

   Où il est démontré à nouveau que l'encéphale simiohumain se laisse décrypter à l'école des événements.

                                                                         Onzième lettre

   Où il est démontré que la réflexion sur la barbarie du singe-homme conduit à une réflexion mondiale sur la justice ; que l'avenir de la civilisation est celui de l'intelligence ; que la seconde Renaissance est en marche.

 

www.dieguez-philosophe.com

 

 

Les dessins sont de MARIALI :

    Pour l’intégralité de cet article et les autres réflexions du philosophe Manuel de Diéguez, consultez son site:

                                                      Neuvième lettre

 

   Où il est démontré que l'encéphale simiohumain actuel oscille entre l'embryon d'une lucidité de glace et le chaos originel dont le cerveau semi animal demeure largement la proie ; que la crise iranienne illustre une gigantesque partie d'échecs et que la position des pièces sur l'échiquier autorise la première analyse simianthropologique à l'échelle mondiale de la politique internationale ; que cette analyse est rendue possible par les contraintes qu'exerce sur les événements une position des pièces de nature à entraîner une succession de " coups forcés ".

 

   Où l'on apprend à décrypter la théologie du pardon et de la repentance ; où l'on voit la simianthropologie faire débarquer la radiographie des mythes sacrés dans la politique internationale ; où l'on demande aux chefs d'Etat modernes de s'initier aux conquêtes du "Connais-toi" du XXIe siècle.

par Chahid publié dans : Penseurs
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Dimanche 28 mai 2006

 

In MIGUEL ANGEL ESTRELLA et YEHUDI MENUHIN « La musique, messagère de la paix » Le Monde diplomatique Mars 1998, page 32

 

« ON ne dira jamais assez que le carriérisme, la course au toujours plus d'argent et plus d'honneurs, sont mortifères. Ils tuent le meilleur en nous: l'amour et la liberté. Nous oublions trop souvent le goût et le sens de l'essentiel. Or l'essentiel va de pair avec le détachement à l'égard de l'accessoire... Le refus du commercial peut servir de garde-fou tout au long d'une vie, et dans les circonstances les plus difficiles. Faire ce choix, c'est faire le choix de la liberté, y compris la liberté de choisir son esclavage, comme de faire chanter inlassablement son piano ou son violon, avec la conviction que, ensemble, nous devenons meilleurs .

 

Chaque fois qu'un conflit se produit à l'autre bout de la planète, nous y sommes mêlés, car l'humanité est indivisible. Toute guerre est une guerre civile. Nous partageons collectivement les menaces qui pèsent sur la Terre , mais aussi ses ressources. Sommes-nous assez conscients des responsabilités et des devoirs que nous avons à son égard, ainsi qu'à l'égard des générations futures? Aucun d'entre nous ne peut se dire: "Voilà les criminels, voilà les sages. Voilà les bons et voilà les méchants." Ou encore: "Ce n'est pas moi, c'est lui."

 

L'artiste oserait-il prétendre que quelqu'un d'autre est responsable de ses fausses notes? Chacun de nous devrait apprendre cela dès l'enfance: nous sommes responsables de nous-mêmes et des autres. Depuis des siècles, nous commettons une faute capitale: établir une distinction entre ce qu'il faut protéger et ce dont il faudrait se protéger. Mais nous devrions défendre nos ennemis aussi bien que nous-mêmes, nous protéger non des étrangers mais de nous, et apprendre à tout donner, au lieu de nous contenter de donner ce que nous avons en trop.

(…)

Chacun d'entre nous est un créateur. Il lui suffit de découvrir son talent propre et de s'attacher à le développer. Le danseur a l'ambition de maîtriser son corps. Le violoniste, son archet. Le chef d'orchestre, de trouver le juste rapport entre la partition et ses musiciens. Le flûtiste, en prenant son souffle, a l'ambition de donner vie à son instrument. L'interprétation dépend finalement de nous. La création nous habite, elle nous possède, de même que l'infini. En ce sens, nous sommes tous divins. Nous sommes constamment créés, recréés, refaçonnés par une lignée ininterrompue sur des millions d'années, ce qui nous rend tous solidaires.

(…)

Nous rêvons d'un monde libre et nous savons que nous sommes nombreux à avoir cette espérance. Nous rêvons que la paix ne soit pas qu'une préparation à la guerre. Sommes-nous des utopistes? Peut-être. Des idéalistes? Certainement. Mais sans idéal, sans utopie, quel progrès pourrait espérer accomplir l'humanité?

par Chahid publié dans : Penseurs
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Mercredi 24 mai 2006

L'Exil

Un texte de John Berger

 "La philosophie est en fait le mal du pays, c’est le besoin de se sentir partout chez soi." Novalis

 

 

 

 

 

Pendant les dernières cent cinquante années s’est déroulée une transformation peut-être d’une importance équivalente. Jamais au cours de l’histoire autant de gens n’ont été déracinés qu’à notre époque. L’émigration, imposée ou choisie, au-delà des frontières nationales ou du village à la métropole, est l’expérience essentielle de notre temps.

 

(…)Que l’industrialisation et le capitalisme devaient exiger un tel déplacement des hommes, d’une ampleur sans pareille et accompagnée d’une violence d’un nouveau genre, l’annonce en avait été faite par l’ouverture des marchés d’esclaves au seizième siècle. Le front occidental de la première guerre mondiale, avec ses armées de conscrits "massés", fut une illustration plus tardive de la même pratique qui bouleverse, transporte, et concentre les humains dans un "no man’s land". Plus tard, les camps de concentration à travers le monde ont suivi la logique de cette pratique continue. Comparer les maux est répugnant, car un mal plus grand ne justifie pas un plus petit. Si j’aligne ces événements, c’est simplement pour montrer l’ampleur du déracinement qui caractérise le monde moderne. Ce déracinement a créé et crée toujours le monde dans lequel nous vivons – même si parfois il se développe d’une façon moins spectaculaire.

 

(…)Tous les grands historiens, de Marx à Spengler, ont analysé les énergies de ce processus. Que dire de plus? Peut-être pleurer sur ce qui a été perdu. Il ne s’agit pas de nostalgie, mais c’est sur les lieux de la perte que naissent les espoirs – des espoirs éternels, non pas d’éphémères promesses.  

 

 (…)Le terme foyer (Heimr en langue scandinave, Heim en allemand, komi, qui signifie village, en grec) a été repris depuis longtemps par deux genres de moralistes, tous deux proches des sphères du pouvoir. La notion de foyer constitue le noyau central de la moralité domestique, qui protège la propriété de la famille (femmes comprises); simultanément, elle s’est étendue à la patrie (homeland), a fourni le premier commandement de la loi patriotique, et aidé à persuader les hommes de mourir dans des guerres qui, souvent, ne servaient que les intérêts de la classe dirigeante minoritaire. Et ces deux notions ont effacé le sens original du terme.

 

 A l’origine, le foyer représente le centre du monde, non pas au sens géographique, mais au sens existentiel. Mircea Eliade montre admirablement dans ses nombreux ouvrages qu’à partir du foyer on peut jeter les bases du monde. Le foyer fut établi, dit-il, "au cœur du réel". Dans les sociétés traditionnelles, tout ce qui explique le monde est réel; le chaos environnant existe et il est une menace parce qu’il est irréel. Sans un foyer au centre du réel, on ne sait pas où se réfugier, on est perdu dans le non-être et dans l’irréalité. Sans un foyer, tout se décompose en fragments.

 

Le foyer est le centre du monde, car c’est là où la ligne verticale croise l’horizontale. La ligne verticale monte au ciel et descend au pays des morts, sous la terre. La ligne horizontale représente la circulation terrestre, toutes les routes qui mènent à travers la terre à d’autres lieux. Ainsi c’est au foyer que l’on est le plus près des dieux du ciel et des morts sous la terre. Cette proximité permet d’espérer pouvoir les atteindre. Et en même temps, on se trouve au point de départ et de retour (si tout va bien) de tous les voyages terrestres.

 

(…)Après avoir quitté son foyer, l’émigrant ne trouvera plus jamais de nouvel endroit où se croisent les deux lignes de vie. La ligne verticale n’existe plus. Il n’y a plus de continuité entre lui et les morts; maintenant les morts disparaissent tout simplement. Les dieux sont devenus inaccessibles. La ligne verticale s’est confondue avec le cercle du vécu individuel qui ne mène nulle part ailleurs qu’en soi-même. Les lignes horizontales, comme il n’y a plus de points fixes, d’appuis, constituent une sorte de plaine de distance nue, balayée par tout ce qui la traverse.

 

 

 

(…)L’autre aspiration est d’ordre historique. Chaque émigrant sait au fond de son âme que le retour est impossible. Même si, physiquement, il est capable de revenir, il ne revient pas vraiment parce que l’émigration l’a profondément changé. Il est également impossible de retourner au vécu historique lorsque chaque village était au cœur du réel. Le seul espoir de refaire un centre est de faire un centre du monde entier. Une seule chose peut transcender le manque de foyer moderne; la solidarité mondiale. Fraternité est un terme trop facile. Sans tenir compte de Caïn et d’Abel, la fraternité laisse espérer que tous les problèmes seront résolus. En réalité, beaucoup sont insolubles.

 

D’où l’éternel besoin de solidarité.

 

Aujourd’hui, dès la fin de la petite enfance, la maison ne peut plus jamais être un foyer, comme elle le fut en d’autres temps. Ce siècle, malgré ses richesses et ses systèmes de communication, est celui du bannissement. Un jour peut-être la promesse dont Marx fut le grand prophète sera-t-elle tenue; alors le substitut de la protection d’un foyer ne sera pas uniquement notre propre nom, mais aussi notre présence collective et consciente dans l’histoire, et nous vivrons à nouveau au cœur du réel. Malgré tout, je peux l’imaginer.

 

Entre temps, nous assumons non seulement notre propre vie, mais aussi les attentes de notre siècle.

 

  John Berger

 

 Ce texte est paru pour la première fois dans la Lettre internationale, au printemps 1985. Avec l'aimable autorisation de l'auteur.

 

 Périphéries, octobre 1999

par chahid publié dans : Penseurs
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Dimanche 7 mai 2006

« La vie d'un écrivain est une activité infiniment vulnérable, presque nue. Inutile de pleurer là-dessus. L'écrivain fait un choix, un choix qui lui colle à la peau. Mais il est juste de dire que vous êtes exposé à tous les vents, dont certains sont glacés bien sûr. Vous oeuvrez tout seul, isolé de tout. Vous ne trouvez aucun refuge, aucune protection — sauf si vous mentez — auquel cas, bien sûr, vous avez construit et assuré vous-même votre protection et, on pourrait vous le rétorquer, vous êtes devenu un homme politique.

 

(...) Quand nous nous regardons dans un miroir, nous pensons que l'image qui nous fait face est fidèle. Mais bougez d'un millimètre, et l'image change. Nous sommes en fait en train de regarder une gamme infinie de reflets. Mais un écrivain doit parfois fracasser le miroir — car c'est de l'autre côté de ce miroir que la vérité nous fixe des yeux. » HAROLD PINTER

 

par chahid publié dans : Penseurs
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Mardi 2 mai 2006

Gaston Bachelard  est sans aucun doute l’un des plus grands penseurs de ce dernier siècle. L’une de ses plus grandes œuvres est «  La Philosophie du non » en 1940… voilà un extrait qu’il faut lire et relire, ainsi que certaines de ses citations (éparpillées) dans toutes ses œuvres! Bonne lecture.

 "Chaque hypothèse, chaque problème, chaque expérience, chaque équation réclameraient sa philosophie. On devrait fonder une philosophie du détail épteténiologique, une philosophie scientifique différentielle qui ferait pendant à la philosophie intégrale…des philosophes. C'est cette philosophie différentielle qui serait chargée de mesurer le devenir d'une pensée. En gros, le devenir d'une pensée scientifique correspondrait à une normalisation, à la transformation de la forme réaliste en une forme rationaliste. Cette transformation n'est jamais totale. Toutes les notions ne sont pas au même moment de leurs transformations métaphysiques. En méditant philosophiquement sur chaque notion, on verrait aussi plus clairement le caractère polémique de la définition retenue, tout ce que cette définition distingue, retranche, refuse. Les conditions dialectiques d'une définition scientifique différente de la définition usuelle apparaîtraient alors plus nettement et l'on comprendrait, dans le détail des notions, ce que nous appellerons la philosophie du non."

Gaston BACHELARD, La philosophie du "non" : essai d'une philosophie du nouvel esprit scientifique, Avant-propos, Paris : PUF, 1940, p. 14

 

 Citations de Gaston BACHELARD :

 

-« L'oiseau construirait-il son nid s'il n'avait son instinct de confiance au monde ? »

 

-« Quand il s'agit d'écrire des sottises, il serait vraiment trop facile un gros livre. »

 

 -« Il faut que la volonté imagine trop pour réaliser assez. »

 

 -« Avant de penser, il faut étudier. Seuls les philosophes pensent avant d'étudier. »  La flamme d'une chandelle 

 

 -« Le noir est le refuge de la couleur. »

 

 -« Pour être heureux, il faut penser au bonheur d'un autre. » La psychanalyse du feu

 

 -« Dans la solitude nocturne, vous voyez passer les mêmes fantômes. Comme la nuit s'agrandit quand les rêves se fiancent. »

 

 -« Enfants, on nous montre tant de choses que nous perdons le sens profond de Voir. Voir et montrer sont phénoménologiquement en violente antithèse. Et comment les adultes nous montreraient-ils le monde qu'ils ont perdu ! » La poétique de la rêverie

 

 -« L'homme veut voir. La curiosité dynamise l'esprit humain. »

 

 -« L'être humain est une ruche d'Etres. »

 

 -« Le visage humain est avant tout l'instrument qui sert à séduire. »

 

 -« Une aptitude ne reste une aptitude que si elle s'efforce de se dépasser, que si elle est un progrès. » 

 

 -« La connaissance s'élabore contre une connaissance antérieure. » 

 

 -« Il vient un temps où l'esprit aime mieux ce qui confirme son savoir que ce qui le contredit. Alors l'instinct conservatif